Alors que les tentatives de traversée de la Manche par des migrants repartent à la hausse en 2025, la France continue de déployer des moyens colossaux pour tenter de les contenir. Pourtant, une question simple mérite d’être posée : à quoi bon retenir, coûte que coûte, sur notre sol des personnes qui ne veulent pas y rester ?

Des chiffres en hausse, malgré tout
Depuis le début de l’année, 7 632 migrants ont réussi à atteindre le Royaume-Uni à bord de 137 embarcations. Soit 25 % de plus qu’à la même période en 2024. Le nombre de bateaux n’a augmenté que de 8 %, mais ils sont plus chargés : les candidats au départ se pressent et les réseaux s’organisent en conséquence.
Les efforts pour empêcher les traversées, eux, restent constants : contrôles renforcés, patrouilles, dispositifs de surveillance, coopération avec le Royaume-Uni… sans parler des coûts humains, logistiques et financiers.
Et pourtant, les résultats ne sont pas là. Les tentatives se multiplient, les campements se reforment, les tensions montent localement, à Calais comme à Grande-Synthe. Ce cycle se répète depuis des années.
Un constat simple : ils ne veulent pas rester
La plupart des migrants présents dans les Hauts-de-France n’ont pas l’intention de s’installer en France. Ils viennent pour rejoindre le Royaume-Uni, où ils espèrent retrouver des proches, trouver un emploi, ou simplement parce qu’ils parlent anglais. Les retenir de force ne change rien à cette volonté.
Leur présence prolongée en France, en revanche, génère des tensions, des coûts pour les collectivités, des situations humanitaires indignes, et alimente le sentiment d’un État incapable de « gérer ».
Plutôt que de continuer à lutter contre une volonté de départ, ne serait-il pas plus cohérent de l’accompagner ? Non par idéologie, mais par réalisme.
Soulager les territoires français, stabiliser les situations
Laisser partir ceux qui ne veulent pas rester, c’est aussi désengorger les dispositifs d’hébergement, réduire la pression sur les associations locales, et mettre fin à une gestion de crise permanente. Cela permettrait aussi de focaliser les moyens publics sur ceux qui souhaitent réellement demander l’asile en France.
Accompagner les départs, c’est aussi une façon de reprendre la main sur la situation, en négociant avec le Royaume-Uni des solutions de transfert encadré. Mieux vaut organiser des départs dans des conditions maîtrisées que de les subir au prix de vies perdues en mer.
Des intérêts convergents
Le Royaume-Uni, de son côté, ne cesse de réclamer des résultats sans proposer de solution de réinstallation. Or, le refus de coopération britannique ne doit pas condamner la France à porter seule le poids de cette situation. Si Londres souhaite vraiment stopper les traversées, il devra un jour assumer ses responsabilités en matière d’accueil et de traitement des demandes.
En attendant, la France n’a aucun intérêt à maintenir indéfiniment des personnes sur son territoire qui ne veulent y rester ni s’y intégrer.
Une question de lucidité
On peut débattre longtemps sur les causes des migrations ou sur les politiques européennes. Mais sur le terrain, la seule logique qui tienne est celle de l’efficacité. Continuer à bloquer des gens qui repartiront à la première occasion, c’est entretenir un système dysfonctionnel, au détriment de tous.
Les aider à partir, c’est peut-être la seule manière saine de régler ce que d’autres refusent d’assumer. Et c’est aussi faire le choix de la lucidité, dans un dossier trop souvent parasité par l’émotion, l’idéologie ou la posture.










