Le décès du streamer relance le débat sur la responsabilité des plateformes, des spectateurs et de la société face à la violence en ligne

Le décès brutal de Raphaël Graven, 46 ans, plus connu sous le pseudonyme de « Jean Pormanove », a suscité une vive émotion. Cet influenceur français est mort en direct sur la plateforme de diffusion Kick, au cours d’un live marathon qui durait depuis près de 298 heures. La scène, d’une extrême violence, a relancé les interrogations sur les dérives du streaming et sur les mécanismes de harcèlement en ligne qui peuvent mener au drame.


Une diffusion sous tension permanente

Le streamer avait acquis une certaine notoriété sur Kick en se prêtant à des diffusions prolongées, souvent marquées par des séquences d’humiliation et de moqueries orchestrées par d’autres participants. Selon les premiers éléments de l’enquête, Raphaël Graven subissait régulièrement insultes, maltraitances et humiliations, parfois encouragées par les spectateurs eux-mêmes.

Ces scènes, relayées par des extraits largement partagés sur les réseaux sociaux, mettaient en évidence une mécanique où l’humiliation devenait le moteur de l’audience. Les spectateurs n’étaient pas seulement témoins mais aussi acteurs, certains n’hésitant pas à verser des dons pour prolonger la mise en scène de la violence.


La question des plateformes et du contrôle

Face à l’émotion suscitée, la ministre déléguée chargée de l’intelligence artificielle et du numérique, Clara Chappaz, a dénoncé « les violences qu’il a subies (…) d’une horreur absolue (…) pendant des mois en direct sur la plateforme Kick ». Elle a rappelé que « la responsabilité des plateformes en ligne sur la diffusion de contenus illicites n’est pas une option : c’est la loi ».

L’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) a été saisie. Parallèlement, des signalements ont été effectués sur la plateforme Pharos, chargée de recueillir les contenus illicites en ligne.

« Certes, la responsabilité juridique des plateformes est inscrite dans la loi, mais encore faut-il que ces textes soient appliqués avec rigueur et rapidité. »

Le gouvernement est désormais interpellé sur la capacité réelle des autorités françaises à contraindre des plateformes étrangères, dont les sièges sociaux se situent souvent hors d’Europe, à retirer rapidement des contenus problématiques.


Les spectateurs face à leur propre rôle

Si la plateforme est mise en cause, d’autres voix pointent la responsabilité collective. Le modèle économique de ces diffusions repose en partie sur l’engagement des spectateurs, prêts à payer pour voir toujours plus d’excès.

La question éthique dépasse ainsi le cadre juridique. Dans quelle mesure la demande croissante de contenus choquants et sensationnels encourage-t-elle la mise en scène de violences ? Plusieurs associations estiment que l’éducation au numérique, encore trop limitée dans le système scolaire, devrait inclure des discussions sur ces pratiques et sur la responsabilité individuelle des internautes.

« Les enfants et les adolescents sont exposés très tôt à ces contenus. Les sensibiliser aux mécanismes de harcèlement en ligne est devenu une nécessité. »


Un débat qui résonne avec la rentrée scolaire

Le drame intervient alors que la rentrée remet sur la table la question du harcèlement scolaire. Parents, enseignants et élus s’inquiètent d’une continuité entre les violences vécues à l’école et celles prolongées, voire amplifiées, sur les réseaux sociaux.

Le cas de « Jean Pormanove » illustre la difficulté à distinguer clairement les frontières entre divertissement, humiliation et harcèlement. Lorsque ces dynamiques se prolongent sur des plateformes mondiales, la régulation nationale se heurte à ses limites.


Des perspectives encore incertaines

Le décès du streamer pourrait accélérer le débat politique sur la responsabilité des plateformes et sur la nécessité de renforcer les moyens de contrôle. La Commission européenne a récemment rappelé que le Digital Services Act (DSA) impose aux grandes plateformes de retirer rapidement les contenus illicites. Mais l’efficacité réelle de ces mécanismes reste à démontrer.

Des parlementaires appellent par ailleurs à renforcer les campagnes de prévention dans les établissements scolaires, en insistant sur la responsabilité des spectateurs et sur les dangers d’une banalisation de la violence en ligne.

Le drame de Raphaël Graven marque un tournant : il met en lumière les fragilités d’un système où les logiques économiques, sociales et technologiques s’entremêlent, et où la frontière entre le jeu et l’humiliation peut se transformer en tragédie.

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