Accompagnés par des dispositifs spécialisés, certains adultes vivant avec une déficience intellectuelle mènent pleinement leur projet parental. Une réalité encore méconnue, mais de plus en plus visible.

Le regard d’Adam s’allume dans les bras de son père. Âgé de trois ans, il grandit dans un environnement structuré et aimant. Ce qu’il ignore encore, c’est que ses parents, Abdelkarim et Gaëlle, vivent avec une déficience intellectuelle. Pourtant, leur quotidien n’a rien d’extraordinaire : ils travaillent tous les deux, emmènent leur fils à la crèche, préparent les repas, gèrent les lessives. Leur parentalité s’exerce avec engagement, mais aussi avec le soutien précieux du SAAP, le Service d’Accompagnement à la Parentalité, géré par les Papillons blancs du Douaisis.


Accompagner la parentalité, dès le projet d’enfant

Le SAAP intervient dès que le désir d’enfant se manifeste. Pour Gaëlle, tout a commencé pendant sa grossesse.

« Je suis suivie par le SAAP de Douai depuis que j’attendais Adam. On m’aide quand j’en ai besoin, mais on me laisse aussi faire seule », explique-t-elle.

Le suivi repose sur le volontariat. Il ne s’agit pas de contrôle, mais de soutien adapté. Les professionnels accompagnent les futurs parents à leur rythme, selon leurs besoins, sans jamais se substituer à eux.

« Le principe, c’est la libre adhésion. L’accompagnement peut varier d’une fois par jour à une fois tous les quinze jours, selon les périodes », précise Azzédine Ghénim, chef de service du SAAP à Douai.

Cette souplesse est au cœur de l’approche. Gaëlle et Abdelkarim ont ainsi pu participer à des ateliers pratiques pour apprendre à changer un nourrisson, donner un bain ou préparer un biberon. Une façon concrète de renforcer leur confiance et leurs compétences parentales.


Une vie de famille ordinaire, avec un appui discret

Le couple s’est rencontré dans un ESAT, un établissement d’aide par le travail. Ils y sont toujours employés. Pendant leurs journées de travail, Adam est accueilli à la crèche. Le soir, la famille se retrouve dans leur logement, dans un quartier tranquille de la région de Douai.

Le soutien du SAAP continue au fil des années. Il ne s’agit pas d’une aide figée, mais d’un accompagnement évolutif, qui s’adapte à chaque étape de la vie de l’enfant. Le dispositif compte aujourd’hui une douzaine de familles suivies dans le Douaisis.

« Il y a parfois des moments de tension, comme pour toutes les familles. Mais on ne remplace pas les parents. On est là pour rassurer, guider, parfois prévenir », témoigne Judith, conseillère familiale auprès du couple.

Le lien de confiance est essentiel. Il se construit dans la durée, loin de toute logique de contrôle institutionnel.


Le défi du financement, une épée de Damoclès

Jusqu’en 2023, le SAAP bénéficiait d’un financement départemental. Celui-ci permettait d’assurer un accompagnement long, potentiellement jusqu’à la majorité de l’enfant. Mais la décision du Département de recentrer son soutien sur les seules premières années de l’enfant a changé la donne. Désormais, le suivi s’arrête à l’âge de 6 ans.

« Avant que le Département n’arrête tout, on pensait continuer à suivre les familles jusqu’à la majorité de l’enfant. C’était un vrai engagement dans la durée », regrette Azzédine Ghénim.

Face à cette rupture, l’association gestionnaire – les Papillons blancs du Douaisis – a pris une décision rare : maintenir le dispositif sur ses fonds propres. Une prise de risque assumée pour deux années, dans l’attente de financements pérennes.

« C’est une exception parmi les neuf associations que compte le Nord. Cela montre à quel point ce dispositif est jugé essentiel par ceux qui y travaillent », souligne le chef de service.

Mais l’avenir du service reste incertain. Sans soutien public stable, la continuité de l’accompagnement pourrait être compromise à moyen terme.


Une parentalité peu visible, encore entourée de préjugés

Le regard porté sur les parents déficients intellectuels reste souvent teinté de suspicion ou d’inquiétude. Les représentations sociales oscillent entre compassion et doute, parfois jusqu’à la stigmatisation.

Pourtant, les chiffres montrent une réalité bien plus nuancée. Selon les estimations de l’Unapei, près de 12 000 parents en situation de handicap intellectuel élèveraient aujourd’hui un ou plusieurs enfants en France. Ils ne demandent pas à être jugés, mais simplement à être soutenus dans leur rôle.

« Ce sont des familles qui peuvent traverser des difficultés, comme tant d’autres. Ce qui change, c’est qu’il faut adapter les outils, simplifier les démarches, renforcer l’écoute. Mais le droit d’être parent, c’est universel », insiste un travailleur social du réseau.

Des structures similaires au SAAP existent ailleurs dans le pays, parfois portées par les MDPH (Maisons départementales des personnes handicapées), les CAF ou des associations locales. Leur dénominateur commun : placer la personne au centre, en valorisant ses compétences parentales, plutôt que ses limitations.


Perspectives : vers un cadre juridique plus clair ?

Aujourd’hui, aucun texte de loi ne régit spécifiquement l’accompagnement à la parentalité des personnes déficientes intellectuelles. Le soutien repose sur des initiatives locales, sans cadre unifié, ni obligation institutionnelle.

Des professionnels plaident pour une meilleure reconnaissance de ces dispositifs, et pour un financement fléché, à l’image de ce qui existe dans d’autres champs du médico-social.

« Si on veut vraiment une société inclusive, il faut accepter que des personnes porteuses d’un handicap puissent devenir parents, et les soutenir dans cette démarche », défend un cadre de la fédération nationale des Papillons blancs.

Dans l’attente, des familles comme celle d’Abdelkarim et Gaëlle tracent leur chemin, entre normalité quotidienne et vigilance permanente. Et dans le regard d’Adam, rien ne trahit l’idée que ses parents seraient différents.

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