Vingt-deux ans après la fermeture de la fonderie Metaleurop, les résultats d’une nouvelle campagne de mesures menées par Atmo Hauts-de-France font froid dans le dos. Cadmium, plomb, arsenic : les poussières de la désindustrialisation n’ont pas fini de se déposer sur les terres, dans les maisons, dans les corps.

L’air ambiant de plusieurs communes du secteur — Évin-Malmaison, Leforest, Dourges, Courcelles-les-Lens — reste significativement contaminé. Dans deux des six points de prélèvement, les concentrations de cadmium dépassent les seuils de référence. Même constat pour le plomb et l’arsenic, pourtant interdits dans de nombreux usages depuis des décennies.
Une pollution persistante, des effets à long terme
Metaleurop a fermé en 2003. Mais le passif environnemental de la fonderie n’a jamais été soldé. Au contraire : les poussières issues des anciens stocks industriels semblent se ré-envoler avec le vent, entretenant une pollution chronique. « Les concentrations de métaux lourds dans les poussières collectées ont des valeurs proches de celles que l’on trouve aux abords d’unités d’incinération ou de grands axes routiers », alerte Céline Derosiaux, directrice adjointe des relations extérieures chez Atmo Hauts-de-France.
Pour Bruno Adolphi, président de l’association évinoise PIGE, ces résultats sont une preuve supplémentaire d’un scandale environnemental resté trop longtemps ignoré :
« On parle d’une pollution qui persiste depuis des décennies. On parle de milliers d’enfants potentiellement exposés au saturnisme. Et pourtant, la réponse de l’État reste minimale. »
Une réponse tardive et insuffisante ?
Ce n’est qu’en 2023, sous la pression du documentaire Vert de rage diffusé sur France 5, que les pouvoirs publics ont réagi. Le journaliste Martin Boudot et son équipe y révélaient que près de 6 000 enfants auraient pu être atteints de saturnisme entre 1962 et 2020, à partir d’analyses indépendantes sur des échantillons de sol, de cheveux, et de sang.
Dans la foulée, une campagne de dépistage fut organisée par l’ARS. Bilan : huit cas avérés de contamination chez des enfants, dans cinq communes, et soixante-quinze autres présentant un taux supérieur au seuil de vigilance.
Mais pour les militants, cette initiative n’est qu’un début. L’association PIGE réclame aujourd’hui une campagne systématique de dépistage au cadmium, substance cancérogène, dont la présence reste bien au-delà des seuils acceptables dans certaines zones résidentielles.
Une reconnaissance lente et un État condamné
Le 24 mai 2024, un tournant juridique est venu appuyer ce combat. La cour administrative d’appel de Douai a reconnu la responsabilité de l’État, condamné pour ne pas avoir suffisamment encadré les rejets polluants de Metaleurop. Cinquante riverains ont obtenu réparation. Mais l’État s’est pourvu en cassation, prolongeant un contentieux qui pourrait encore durer des années.
Pendant ce temps, les poussières continuent de voler. Invisibles. Inodores. Et pourtant dangereuses.










