Discret mais familier, l’écureuil roux fait l’objet d’un recensement transfrontalier inédit lancé dans le cadre du programme européen Cap biodiversité. Les habitants sont invités à signaler leurs observations afin de mieux connaître la répartition de ce petit rongeur, essentiel à l’équilibre des forêts.

Observer pour mieux comprendre
Ouvrir l’œil et tendre l’oreille : c’est le mot d’ordre adressé aux habitants du Nord et de la Belgique. Depuis avril 2025, une enquête de sciences participatives permet de signaler la présence d’écureuils roux sur le site Cap biodiversité, dans le cadre du programme européen Interreg VI. L’initiative se poursuivra jusqu’en mars 2028.
« C’est un mammifère connu de tous mais on a peu d’informations sur sa présence chez nous », explique Chloé Boone, chargée de projet au parc naturel Scarpe-Escaut.
L’objectif est simple : collecter des données fiables sur un animal emblématique mais peu étudié. Si l’espèce n’est pas menacée, elle reste fragilisée par la fragmentation des habitats, les collisions routières et l’urbanisation croissante.
Un rôle écologique discret mais essentiel
Au-delà de son image sympathique, l’écureuil roux joue un rôle écologique majeur. Par ses habitudes alimentaires, il participe au renouvellement naturel des forêts.
« Ils cachent leurs provisions – graines, baies, noisettes – avant l’hiver mais souvent, ils les plantent dans le sol et ne les retrouvent pas ! Ça germe et ça donne naissance à des arbres », rappelle Chloé Boone.
Une contribution silencieuse à la biodiversité, qui souligne l’importance de mieux comprendre ses déplacements et ses zones de présence.
Des précédents encourageants
Cette nouvelle enquête s’appuie sur l’expérience menée en 2023 par Éden 62. À l’époque, 1 101 participants avaient enregistré 2 208 observations d’écureuils dans le Pas-de-Calais, avec le soutien du Groupement ornithologique et naturaliste du Nord (GON). « Une vraie réussite », selon les organisateurs, qui avait permis d’actualiser des données inexistantes depuis 2011.
Les résultats avaient révélé des déplacements inattendus du petit rongeur, notamment son apparition dans des secteurs où il n’avait encore jamais été observé.
Nouvelles zones d’observation
La forêt de Clairmarais et l’Audomarois figurent parmi les sites régulièrement cités, avec des observations notées à Longuenesse, Saint-Omer, Heuringhem ou Helfaut. Dans le Béthunois, autrefois limité à Bruay-La-Buissière et Lapugnoy, l’écureuil a élargi son territoire. Même constat dans l’Arrageois et sur le littoral sud, des dunes d’Écault jusqu’à Merlimont.
Une surprise est venue du littoral nord : l’espèce a été signalée autour de Calais, Guînes, Dunkerque et Grande-Synthe, zones où elle n’avait jamais été recensée auparavant.
Le Boulonnais, en revanche, reste en retrait. Malgré quelques observations en forêt de Desvres et de La Capelle, le secteur d’Outreau à Wissant demeure un point aveugle pour les naturalistes.
Une connaissance collective
Cette enquête illustre l’importance des sciences participatives dans la compréhension des écosystèmes locaux. Si la méthode n’atteint pas la précision des protocoles scientifiques traditionnels, elle offre une masse de données impossible à collecter autrement.
« Ces sciences participatives, ce n’est pas la perfection comme protocole mais ça permet vraiment d’améliorer les connaissances », souligne Chloé Boone.
À terme, ces informations permettront de mieux cerner les zones de présence de l’écureuil roux, d’identifier les corridors écologiques qui lui permettent de se déplacer et d’adapter, si nécessaire, les politiques de préservation des milieux naturels.










