Soutenu un temps par la présidence de la MEL, le projet d’une ligne de tram reliant Lille à l’aéroport de Lesquin n’a jamais trouvé de consensus politique. Aujourd’hui, les alternatives passent par le TER et le bus, dans l’attente des futures évolutions du réseau métropolitain.

Un projet avorté faute d’accord
Lorsque l’idée d’un tramway direct entre Lille et Lesquin a été avancée en 2018, elle suscitait autant d’attentes que de réticences. La Métropole européenne de Lille (MEL) avait alors affiché son ambition de mettre en service une liaison de dix kilomètres reliant le centre-ville à l’aéroport. Pourtant, la délibération n’a jamais abouti.
Dès le lancement, plusieurs élus avaient exprimé leur scepticisme. L’absence des maires de Faches-Thumesnil et Ronchin, pourtant directement concernés par le tracé, du comité de pilotage a fragilisé le projet. L’élu ronchinois Patrick Geenens avait notamment dénoncé une concertation insuffisante.
« Un tram passant sans s’arrêter dans ma commune ne servirait pas l’intérêt de mes concitoyens. En revanche, s’il est cadencé, avec différents arrêts et des places de stationnement, j’applaudis des deux mains », expliquait-il à l’époque.
Un ajout d’arrêts aurait toutefois rallongé le temps de trajet, réduisant l’argument de rapidité face à la voiture ou au taxi.
Un manque de consensus historique
Cette difficulté à s’accorder n’est pas nouvelle. Jean-Michel Stievenard, auteur d’un ouvrage sur la naissance du VAL, rappelle que la question de l’aéroport aurait déjà dû être intégrée aux grands projets de transport de la métropole dans les années 1980.
« Quand la première réflexion sur une ligne de tramway s’est engagée, il a manqué un peu de dialogue pour établir un consensus politique. Un peu qui a compté pour beaucoup », souligne-t-il.
Entre divergences sur le tracé, opposition locale et refus catégoriques de certains élus, le projet n’a jamais trouvé de majorité. La délibération a finalement été retirée et n’a plus refait surface depuis.
Les arguments de la MEL
Interrogée récemment, la MEL confirme qu’aucune desserte de Seclin par tramway n’est prévue dans la nouvelle offre de transports, attendue pour septembre 2026.
Selon les services métropolitains, l’absence de projet s’explique par l’existence déjà effective d’une desserte ferroviaire.
« L’absence de desserte par tramway s’explique notamment par la présence d’une liaison TER, qui répond déjà en grande partie aux besoins du secteur », précisent-ils.
La MEL assure par ailleurs qu’un nouveau programme d’études est prévu pour réorganiser le réseau à l’horizon de l’arrivée des futures lignes Extramobile. La question des connexions locales, notamment pour Seclin, pourrait être réexaminée dans ce cadre.
Les alternatives existantes : TER, bus et navettes
Faute de tram, d’autres solutions existent pour rejoindre l’aéroport. La ligne 68 du réseau Ilévia dessert Lesquin en quinze minutes depuis Villeneuve d’Ascq-4 Cantons. Elle a récemment adapté ses horaires pour proposer un dernier départ à 21 h 05 depuis 4 Cantons et 21 h 20 depuis l’aéroport, afin de coïncider avec les vols du soir. Le trajet est accessible avec un simple titre unitaire ou un abonnement Pass Pass.
La MEL a également reconduit pour six ans le partenariat avec Flibco, qui opère une navette routière directe reliant les gares de Lille à l’aéroport en une vingtaine de minutes.
Ce service, au tarif d’environ 6,99 € le trajet, stationne place des Buisses, à proximité immédiate de la gare Lille-Flandres et du métro.
Un symbole d’occasions manquées
Ce dossier illustre les difficultés récurrentes de la métropole lilloise à s’accorder sur de grands projets structurants. Entre enjeux locaux, visions divergentes et arbitrages financiers, l’opportunité d’un tramway vers Lesquin s’est éteinte sans véritable débat public abouti.
Aujourd’hui, les voyageurs disposent d’alternatives efficaces mais parfois méconnues. Le tram, lui, restera probablement dans les cartons, remplacé par des solutions plus flexibles et jugées suffisantes à court terme.










