Dans son nouveau spectacle « Comme tu me vois », l’acteur et metteur en scène Grégori Miège confronte le public à une réalité rarement évoquée sur scène : la grossophobie quotidienne. Un seul-en-scène intime, politique et nécessaire.


Un théâtre de la discrimination ordinaire
Grégori Miège présente une œuvre théâtrale sensible et engagée sur un sujet longtemps relégué aux marges : la grossophobie. À travers plusieurs personnages et situations, il explore les préjugés et les violences souvent banalisées que subissent les personnes en surpoids.


Un comédien qui prend la parole sur son vécu

Révélé dans Dom Juan de David Bobée au Théâtre du Nord, Grégori Miège est déjà reconnu pour sa présence scénique singulière. Mais c’est aujourd’hui dans un registre beaucoup plus personnel qu’il revient, en signant un texte original nourri de ses propres expériences et d’une collaboration avec deux chercheurs, la sémiologue Marielle Toulze et le sociologue Arnaud Alessandrin. Ensemble, ils ont élaboré Comme tu me vois, une pièce à une voix, à la fois introspective et collective.

« Ce qui m’est vite apparu, à moi, c’est le rapport à la nourriture. J’ai vu une relecture possible de Dom Juan avec un axe grossophobe. »

La genèse de cette pièce remonte à la période des confinements. Miège y évoque sa perte de poids, non pas comme une victoire, mais comme un révélateur : celui d’une société qui commente sans cesse les corps, les classe, les juge. C’est dans cette prise de conscience que naît l’idée d’un spectacle, non comme catharsis, mais comme moyen d’interpellation.


Une discrimination encore largement ignorée

La grossophobie ordinaire, thème central de la pièce, se manifeste souvent dans les détails du quotidien : regards, remarques, refus implicites. Une violence insidieuse, profondément ancrée, que l’artiste expose sans détour.

« Je voudrais… pouvoir monter dans le bus sans déclencher des soupirs énervés, aller au cinéma, trouver des habits à ma taille, prendre l’avion sans qu’on me rajoute une rallonge pour bébé… »

Ces micro-agressions, souvent passées sous silence, touchent tous les âges et toutes les sphères sociales. Dès l’école, explique Miège, l’enfant gros est catalogué. À l’adolescence, il devient la cible de moqueries. À l’âge adulte, la stigmatisation prend parfois la forme d’un déni médical ou d’un rejet dans le monde du travail.


Un regard critique sur le système médical

La pièce aborde également un sujet rarement discuté dans l’espace public : la violence grossophobe dans les institutions de santé. Miège évoque son parcours personnel en chirurgie bariatrique, et le sentiment d’infantilisation qu’il y a ressenti.

« Vous avez mal quelque part ? C’est parce que vous êtes gros. Un rhume ? Faut maigrir… »

Cette réalité, dénoncée depuis plusieurs années par des associations, reste peu médiatisée. De nombreux patients témoignent de diagnostics biaisés, d’une absence d’écoute, voire de refus de soins. Ce constat alimente une défiance croissante envers les professionnels de santé, chez les personnes en surpoids ou obèses.


Le théâtre comme outil d’éveil

En portant cette parole sur scène, Grégori Miège ne cherche ni à condamner ni à culpabiliser. Son ambition est ailleurs : dans l’ouverture d’un dialogue, dans la création d’un espace de réflexion. Son choix du théâtre comme médium est profondément réfléchi.

« Je crois que le théâtre peut éveiller les consciences. Je ne veux surtout pas être didactique ou victimaire. Je suis là pour essayer de donner des clés. »

À travers une série de tableaux incarnés, souvent touchants, parfois drôles, le comédien donne chair à des réalités multiples : une mère humiliée dans une cabine d’essayage, un adolescent isolé dans la cour de récréation, un patient face à un médecin pressé. Le format du seul-en-scène permet une grande liberté de ton et une proximité rare avec le public.


Un vocabulaire à repenser

Miège revendique également un repositionnement du langage. Plutôt que d’euphémiser, il préfère appeler les choses par leur nom : « gros », dit-il, n’est pas une insulte, mais une description physique. C’est l’usage, le contexte, l’intention qui peuvent blesser.

« Dire que quelqu’un est gros, ce n’est pas une insulte. Ça devient un problème quand on cantonne la personne à son apparence physique. »

Cette approche s’inscrit dans un mouvement plus large de réappropriation des mots, que l’on retrouve aussi dans d’autres luttes sociales. Loin de chercher à choquer, il s’agit de rendre visibles des réalités souvent tues, de mettre des mots sur ce que beaucoup vivent dans le silence.


Un spectacle pour toutes les silhouettes

Lors des premières présentations publiques de Comme tu me vois, les retours ont surpris l’équipe artistique : le propos, bien qu’ancré dans une expérience particulière, touche un public très large. Le rapport au corps, à l’image de soi, à la norme sociale, dépasse la question du poids.

« Ce qui m’a surpris lors des répétitions, c’est de voir à quel point ce spectacle parle à tous. On se rend compte qu’au fond, les questions sont les mêmes pour tout le monde. »

Dans une société où le corps est constamment scruté, évalué, comment apprendre à l’habiter librement ? La pièce de Grégori Miège ne propose pas de réponse toute faite, mais elle invite chacun à cheminer, à se questionner, à regarder autrement.


Une date, un lieu, une parole à entendre

Comme tu me vois sera joué du 14 au 17 mai au Théâtre du Nord. Un rendez-vous théâtral atypique, engagé, où la scène devient un lieu de dévoilement, d’écoute, et peut-être aussi, de réparation. La parole de Grégori Miège, loin des slogans, y résonne comme une invitation au respect, à la nuance, à la reconnaissance de toutes les corporalités.

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