Les drones continuent de défier la sécurité des établissements pénitentiaires français. Dans la nuit du 24 au 25 août, au centre pénitentiaire de Lille-Annœullin, un appareil a largué des gravats sur des surveillants après une livraison de stupéfiants et de téléphones interceptée par les agents. L’incident illustre une escalade des tensions au sein d’un établissement déjà fragilisé par un manque de moyens.

Une livraison suivie d’une agression
Le centre pénitentiaire de Lille-Annœullin, qui héberge près de 800 détenus et emploie environ 300 agents, est régulièrement confronté aux intrusions de drones. Mais cette fois, le scénario a pris une tournure inquiétante. Après avoir largué des colis contenant des produits illicites, immédiatement saisis par les agents, un drone est revenu pour projeter terre et gravats sur les personnels présents.
« Il faut savoir que les drones filment, donc lorsque les images sont récupérées, les agents sont repérés », explique Maxime Albertier, secrétaire local FO Justice du centre pénitentiaire et membre de la commission exécutive nationale FO Justice.
Selon le syndicat, cette attaque s’ajoute à une série de provocations et d’agressions que subissent régulièrement les personnels. FO Justice a publié un communiqué rappelant son soutien aux surveillants et demandant le déploiement de dispositifs adaptés pour contrer ce type de menaces.
Des demandes de protection renforcées
Le syndicat réclame la mise en place de moyens technologiques anti-drones, actifs en permanence, mais aussi de mesures individuelles de protection.
« FO Justice demande la mise en place de moyens technologiques anti-drones, adaptés et opérationnels 24h/24, et des mesures de protection individuelle comme des cagoules », souligne l’organisation.
L’objectif de ces cagoules serait d’empêcher l’identification des agents filmés par les drones, afin d’éviter des représailles à l’extérieur des murs. Une revendication qui traduit la crainte d’une surveillance organisée depuis l’extérieur et d’un prolongement des menaces hors du cadre carcéral.
Un climat tendu au sein de l’établissement
L’épisode survient dans un contexte jugé préoccupant par les représentants syndicaux. Le climat cet été est marqué par une tension croissante, liée notamment à une impression de déséquilibre dans la répartition des moyens entre établissements.
« Bien sûr, il fallait faire Vendin. Ce n’est pas la question, mais ça se ressent dans les autres prisons… », analyse Maxime Albertier.
Depuis juillet, la prison de Vendin-le-Vieil accueille les détenus considérés comme les plus dangereux en matière de criminalité. Si cette décision répond à un impératif de sécurité nationale, elle a également entraîné, selon FO Justice, une fragilisation des autres établissements du Nord.
Découverte d’armes artisanales
Quelques jours seulement après l’incident lié aux drones, les agents du centre pénitentiaire ont découvert un couteau de cuisine en céramique, doté d’une lame de 10 cm. La présence d’une telle arme illustre les risques permanents auxquels sont confrontés les surveillants.
Bien que les conditions d’introduction de cet objet n’aient pas encore été précisées, la vigilance reste de mise. Pour les syndicats, il s’agit d’un nouvel exemple du manque de moyens techniques et humains alloués au contrôle des établissements.
Les prisons françaises face au défi des drones
Le phénomène des drones en milieu carcéral n’est pas nouveau. Ces dernières années, de nombreux établissements ont rapporté des intrusions similaires, avec des colis contenant téléphones, stupéfiants ou encore armes blanches. Les autorités pénitentiaires peinent à endiguer ce mode d’approvisionnement, malgré des expérimentations menées pour brouiller les signaux ou neutraliser les appareils.
Selon les syndicats, la généralisation de systèmes de détection et d’interception constitue une urgence. Les surveillants redoutent que les drones ne deviennent un outil privilégié des réseaux criminels pour affaiblir la sécurité carcérale et mettre directement en danger la vie des agents.
Une réponse attendue des autorités
Sollicitée sur la situation, la direction interrégionale des services pénitentiaires n’avait pas encore apporté de réponse. Sur le terrain, les syndicats insistent sur la nécessité d’un engagement rapide de l’administration pour restaurer la sérénité et renforcer la protection du personnel.
En attendant, les surveillants du centre pénitentiaire de Lille-Annœullin continuent de travailler dans un climat d’incertitude, face à une menace technologique qui ne cesse d’évoluer.










