Habitat étudiant et solidarité senior : entre solution d’urgence et modèle durable, la colocation intergénérationnelle attire mais reste encore marginale.
À l’approche de la rentrée universitaire, la quête d’un logement abordable reste un parcours semé d’embûches pour de nombreux étudiants. Face à la pénurie, certains explorent la colocation intergénérationnelle, un dispositif qui met en relation des jeunes en recherche de logement et des seniors disposant de pièces libres. Une pratique qui séduit par son aspect solidaire, mais dont la diffusion demeure limitée.

Un contexte de logement sous tension
La tension sur le marché locatif étudiant est bien connue : loyers élevés, rareté des studios, concurrence accrue à chaque rentrée. Dans ce paysage, la cohabitation intergénérationnelle apparaît comme une formule alternative. Elle s’appuie sur un constat statistique : selon l’INSEE, 25 % des ménages en France vivent en situation de « sous-occupation très accentuée », c’est-à-dire avec au moins trois pièces de plus que nécessaire. Dans les Hauts-de-France, ce chiffre grimpe à 31 %.
Pour les étudiants, l’avantage est double : un logement souvent moins cher et une relation humaine enrichissante. Pour les personnes âgées, c’est l’occasion de rompre l’isolement, de partager le quotidien et parfois d’obtenir un petit complément financier. Depuis 2018, la loi Élan encadre ce type d’arrangements afin de sécuriser les deux parties.
Les plateformes spécialisées
La première étape pour un étudiant intéressé consiste souvent à consulter internet. Des plateformes nationales comme ColombAge-cohabitation facilitent la mise en relation. L’inscription est gratuite, la démarche simplifiée, et une commission sur le loyer permet au site de se financer.
Sur Lille, l’offre reste toutefois réduite : une dizaine d’annonces seulement, souvent situées en périphérie. Les logements intra-muros, proches des universités, se font rares. Côté propriétaire, un avantage fiscal non négligeable existe : le loyer perçu n’est pas imposable dans ce cadre.
Le rôle des associations locales
Les associations représentent une autre porte d’entrée. À Lille, Générations & Cultures propose le programme Un toit à partager, avec un cadre structuré : dossier à remplir, frais de traitement de 30 €, délai d’attente de deux semaines. Le coût pour l’étudiant est généralement de 250 € par mois, souvent éligible aux APL.
D’autres acteurs existent, comme Ensemble 2 Générations, qui facture 10 € d’inscription et 290 € de cotisation annuelle. L’accès aux annonces est conditionné au paiement de cette contribution, ce qui peut freiner certains jeunes. Autre difficulté : l’association ferme ses portes durant l’été, précisément au moment où la majorité des étudiants recherchent activement un logement.
Des résidences intergénérationnelles en développement
Au-delà des colocations classiques, certains groupes privés expérimentent des formules hybrides. C’est le cas de Domitys, gestionnaire de résidences seniors, qui a lancé le programme Génération Part’âges.
Ici, l’étudiant bénéficie gratuitement d’un studio et des infrastructures de la résidence (salle de sport, piscine, espaces communs) en échange de 17 heures d’implication hebdomadaire : animations, accompagnement aux repas, sorties culturelles ou organisation d’activités.
L’initiative séduit mais reste confidentielle. Chaque résidence ne propose qu’une seule place. Dans la métropole lilloise, sur trois établissements, deux étaient déjà complets au moment des recherches. Seule la résidence Villa Ulma, à Lomme, affichait encore une disponibilité.
Une formule à potentiel, mais encore marginale
Malgré ses atouts, la colocation intergénérationnelle reste un marché de niche. Les chiffres exacts sont difficiles à établir, mais les associations estiment que quelques centaines d’étudiants seulement en bénéficient chaque année dans les Hauts-de-France, face à des dizaines de milliers de demandes de logement.
« La demande est forte, mais l’offre reste trop limitée. Il faut convaincre davantage de seniors d’ouvrir leurs portes », résume une responsable associative interrogée.
Le modèle séduit pourtant par son équilibre « gagnant-gagnant ». Mais il suppose une organisation, une confiance réciproque et une disponibilité des deux côtés, conditions qui ne sont pas toujours réunies.
Perspectives et freins
Les pouvoirs publics encouragent la pratique, notamment via des subventions aux associations. Mais l’absence d’une communication massive et d’un dispositif centralisé freine son expansion. Les étudiants, souvent pressés par le temps, privilégient encore les canaux classiques : petites annonces, agences immobilières, plateformes généralistes.
À l’avenir, une meilleure visibilité et un maillage associatif renforcé pourraient favoriser la démocratisation de ces solutions. La colocation intergénérationnelle a déjà fait ses preuves à petite échelle. Reste à savoir si elle saura franchir le pas pour devenir une réponse significative à la crise du logement étudiant.










