Deux femmes ont été surprises dans un logement à Roubaix en train d’inhaler du protoxyde d’azote. Lors de l’intervention de la police, l’une d’elles a violemment réagi en lançant un ballon rempli de gaz au visage d’un agent. Aucune blessure n’est à déplorer, mais l’incident relance les inquiétudes autour de la banalisation de cette substance aux effets désinhibants.

Une intervention familiale qui tourne mal
Mercredi soir, un appel d’un homme inquiet conduit la police à intervenir dans un appartement occupé par son frère, placé sous tutelle. À leur arrivée, les agents découvrent la présence de deux femmes dans le logement, toutes deux sous l’effet visible du protoxyde d’azote. Le ton monte rapidement. Les deux occupantes refusent de quitter les lieux malgré les injonctions répétées des forces de l’ordre.
C’est alors que l’une d’elles, manifestement agitée, lance un ballon de protoxyde d’azote en direction des policiers. Le projectile atteint le visage de l’un des agents. L’intervention se poursuit sans autres violences, mais une des deux femmes est interpellée et placée en garde à vue. Aucun blessé n’est à déplorer.
« Nous sommes confrontés à une recrudescence d’incidents liés à cette substance. L’effet désinhibant du protoxyde peut entraîner des comportements violents ou irrationnels », confie une source policière locale.
Un usage détourné devenu courant
Connu pour ses propriétés anesthésiantes en médecine, le protoxyde d’azote – également appelé « gaz hilarant » – est de plus en plus utilisé à des fins récréatives, notamment chez les jeunes. Vendu légalement sous forme de cartouches destinées aux siphons à chantilly, il est détourné de son usage initial pour provoquer une sensation d’euphorie passagère.
Le phénomène a pris de l’ampleur ces dernières années. Selon l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), les cas d’intoxication au protoxyde d’azote ont été multipliés par dix entre 2019 et 2023. L’Agence note également une diversification des profils : lycéens, étudiants, jeunes adultes, mais aussi des usagers plus précaires.
« Ce gaz est perçu à tort comme inoffensif. Il est facile d’accès, bon marché, et ses effets immédiats sont trompeurs. Mais ses conséquences peuvent être graves », prévient un addictologue du CHU de Lille.
Des effets secondaires préoccupants
Sur le plan médical, l’inhalation de protoxyde d’azote agit en bloquant la transmission de certains neurotransmetteurs. Cela provoque des sensations d’euphorie, des rires incontrôlables, voire des hallucinations. Mais ces effets sont de courte durée – généralement quelques minutes – et peuvent entraîner une dépendance psychologique.
À plus long terme, la consommation régulière peut provoquer des troubles neurologiques sévères : engourdissements, troubles de la coordination, pertes de mémoire, voire paralysies irréversibles. Ces effets sont liés à une carence en vitamine B12, car le gaz interfère avec son métabolisme.
D’autres complications incluent des risques cardiovasculaires, des lésions pulmonaires, ainsi que des troubles psychiatriques tels que l’anxiété ou la dépression.
Des précédents de plus en plus nombreux
Ce n’est pas la première fois que la consommation de protoxyde d’azote est à l’origine d’incidents violents. En mai dernier, à Tourcoing, une jeune femme a été retrouvée inconsciente au volant de sa voiture, moteur allumé, après avoir inhalé plusieurs ballons. En avril, à Lille, un jeune homme a provoqué un accident en trottinette électrique après avoir perdu connaissance, toujours sous l’effet du gaz.
« C’est une drogue qui désinhibe complètement. Certains usagers deviennent agressifs ou totalement insensibles au danger. C’est ce qui rend son usage public particulièrement préoccupant », explique une policière spécialisée dans les stupéfiants.
Des vidéos circulent régulièrement sur les réseaux sociaux, montrant des jeunes consommant le gaz dans l’espace public, parfois dans des situations à risque. Les autorités s’inquiètent d’une « normalisation » de cette consommation, parfois intégrée à des soirées ou des rassemblements festifs.
Une réponse réglementaire encore limitée
Face à la montée du phénomène, plusieurs mesures ont été prises. Depuis juin 2021, la vente de protoxyde d’azote est interdite aux mineurs. L’usage détourné de la substance peut également être puni par la loi, notamment dans les cas de mise en danger d’autrui ou de troubles à l’ordre public.
Toutefois, sa disponibilité reste importante. Les cartouches sont vendues librement en ligne, dans certaines épiceries de nuit ou encore via des plateformes de livraison. Les dispositifs de prévention, encore peu développés, peinent à enrayer le phénomène.
« Il faut faire le même travail d’information que celui mené sur les drogues plus classiques. Le protoxyde d’azote n’est ni anodin, ni sans danger », insiste un intervenant associatif en milieu scolaire.
Une vigilance renforcée des autorités
Dans plusieurs villes du Nord, les forces de l’ordre ont intensifié les contrôles. Des opérations ciblées ont été menées dans les parcs, les stations de métro et les abords des lycées. À Roubaix, la municipalité a renforcé ses campagnes de sensibilisation à destination des jeunes et des parents.
De leur côté, les médecins alertent sur les limites de la seule réponse sécuritaire. Pour certains experts, une politique de santé publique plus ambitieuse est nécessaire, incluant un accompagnement des usagers et une régulation plus stricte des points de vente.
Une banalisation qui inquiète
Ce nouvel épisode à Roubaix illustre les dérives d’un usage encore trop souvent minimisé. L’agression d’un policier, bien que sans gravité, souligne les effets imprévisibles du protoxyde d’azote sur le comportement. Les autorités locales appellent à une prise de conscience collective pour enrayer la diffusion de cette drogue dite « festive », dont les conséquences sanitaires et sociales s’avèrent de plus en plus lourdes.
« Derrière une image faussement légère, il y a des risques réels, parfois irréversibles. Il est urgent de réagir tant qu’il est encore temps », conclut un médecin urgentiste du secteur.










