Mouvement des sols, fissures dans les maisons, dommages structurels : le retrait-gonflement des argiles est un phénomène naturel méconnu mais redouté. Francis Meilliez, professeur émérite et géologue de renom, revient sur les origines, les conséquences et les précautions à prendre face à cette menace silencieuse.


Un phénomène géologique ancien, mais récemment compris

Le retrait-gonflement des argiles, ou RGA, est un processus naturel lié à la capacité de certains sols argileux à se dilater ou se contracter selon leur teneur en eau. Ce phénomène, bien qu’ancien, n’a été réellement compris qu’au cours du XXᵉ siècle.

« C’est un processus naturel qui se produit depuis que la planète existe mais cela ne fait que quelques dizaines d’années que nous avons compris le mécanisme. »
Francis Meilliez, professeur émérite de géologie

Les argiles, formées de feuillets minéraux, réagissent fortement à l’eau par capillarité. Lorsqu’elles sont humides, elles gonflent. En période de sécheresse, elles se rétractent. Ce jeu de va-et-vient peut entraîner des mouvements de terrain imperceptibles au début, mais aux conséquences bien visibles pour les constructions situées au-dessus.


Un risque présent aussi bien en ville qu’à la campagne

Contrairement à une idée reçue, le RGA n’est pas réservé aux zones rurales ou isolées. De nombreuses communes urbaines sont concernées, en particulier dans les régions où les sols argileux sont fréquents. Dans les Hauts-de-France, plusieurs secteurs sont identifiés comme zones à risque.

« Que ce soit en ville ou à la campagne, c’est pareil. Les argiles sont très sensibles aux facteurs météorologiques mais aussi à l’action humaine. »

Ainsi, dans des communes comme Halluin, Lambersart, Wambrechies ou encore Lomme, les habitants ont vu apparaître fissures et affaissements sur leurs maisons. Ces désordres sont souvent localisés, car ils dépendent de l’histoire géologique précise du terrain.

« Les argiles sont des produits de dégradation, on en trouve beaucoup dans les alluvions des rivières, dans leurs anciens lits et dans toutes les zones inondables. »

Les formations sédimentaires du nord de la France, comme dans les Monts des Flandres ou la Pévèle, présentent une alternance complexe de sables et d’argiles, rendant la détection et la prévention difficiles.


Une lente prise de conscience scientifique

Jusqu’au XXᵉ siècle, la connaissance des sols reposait essentiellement sur l’observation macroscopique. Les dégâts causés par les sols argileux étaient attribués à des causes isolées ou mal identifiées. Il a fallu attendre les progrès de la microscopie et de la minéralogie pour comprendre que certaines argiles, notamment les smectites, avaient une capacité exceptionnelle à absorber l’eau.

« On a compris le mécanisme des argiles dites gonflantes dans le courant du XXᵉ siècle quand nous avons été capables de regarder à l’échelle du grain. Avant cela, on n’avait qu’une connaissance macroscopique, par l’expérience. »

Ce n’est qu’avec cette compréhension que des recommandations ont pu être formulées pour les constructions, notamment en ce qui concerne la profondeur des fondations et la gestion des plantations proches des habitations.


Des impacts concrets sur les habitations

Les conséquences du RGA peuvent se révéler coûteuses : fissures, affaissements de planchers, désordres dans les structures… Le tout, parfois, en quelques semaines, à la suite d’une sécheresse prolongée ou d’une canicule.

« Si on a une période de sécheresse durable, les argiles vont rétrécir et provoquer un affaissement local. C’est rarement de façon homogène et c’est ce qui va casser les murs. »

La présence d’arbres à proximité aggrave souvent la situation. Leurs racines pompent l’eau en profondeur et accentuent la déshydratation des sols.

« Les racines vont pomper l’eau là où elle est, à commencer par celle qui se balade dans le sable. Mais si la sécheresse dure, elles vont aussi pomper dans les portions argileuses. »


Quelles solutions pour se prémunir ?

Pour les nouvelles constructions, les textes réglementaires imposent aujourd’hui des études de sol préalables et des techniques de fondations adaptées. Il est fortement recommandé d’ancrer les structures dans des couches stables, comme la craie, moins sensible à l’humidité.

« Pour les nouvelles constructions, il faut passer en dessous des argiles et appuyer les fondations sur la craie qui, elle, ne bouge pas. »

Pour les bâtiments existants, la prévention passe par une surveillance attentive : éviter la plantation d’arbres trop près des murs, assurer une bonne évacuation des eaux de pluie, et signaler rapidement toute anomalie.

Les solutions correctives existent, mais elles restent coûteuses : injection de résine pour stabiliser le sol, renforcement des fondations, drainage en profondeur… Elles nécessitent souvent une expertise géotechnique.


Un enjeu croissant avec le changement climatique

Le phénomène du retrait-gonflement pourrait gagner en intensité avec les évolutions climatiques. L’alternance entre épisodes de sécheresse extrême et pluies abondantes crée des variations brutales du taux d’humidité dans les sols, accentuant le phénomène.

Selon une étude de la Caisse centrale de réassurance (CCR), près de 10,4 millions de maisons individuelles sont potentiellement exposées en France à un risque de RGA. En 2022, le coût des indemnisations liées à ce phénomène a dépassé 2 milliards d’euros.

Face à ces perspectives, les scientifiques appellent à une meilleure information du public, mais aussi à une harmonisation des politiques d’urbanisme.

« Ce n’est pas une question de densité mais de technologie de construction. Aujourd’hui, si on applique les textes, on ne devrait plus construire des choses sensibles aux variations du retrait-gonflement. »


Une ressource scientifique accessible

Pour les curieux ou les professionnels, les travaux de la Société géologique du Nord, présidée par Francis Meilliez, sont consultables dans les Annales, revue scientifique dédiée aux sciences de la Terre. Elle est désormais accessible en ligne via la plateforme Lillonum, avec des publications régulières sur les dynamiques géologiques régionales.

Le phénomène du RGA, longtemps ignoré, est désormais bien identifié. Reste à adapter nos constructions et nos comportements pour vivre, en bonne intelligence, avec les caprices silencieux de nos sous-sols.

Un Roubaisien condamné pour violences répétées sur sa conjointe

Un Roubaisien condamné pour violences répétées sur sa conjointe

Déjà poursuivi pour des faits similaires, un homme de 41 ans a été condamné à un an de prison ferme pour de nouvelles violences infligées à sa compagne, sur fond de jalousie maladive. Un contexte de violences qui s’installe Les faits jugés vendredi s’inscrivent dans...

Bernard Arnault hausse le ton contre la taxe Zucman

Bernard Arnault hausse le ton contre la taxe Zucman

Le PDG de LVMH accuse l’économiste d’idéologie et dénonce un projet fiscal qu’il estime dangereux pour l’économie française. Gabriel Zucman réplique en défendant sa recherche et en réaffirmant la nécessité d’une contribution minimale des milliardaires. Une polémique...

Flunch expérimente un concept inédit avec la technologie d’Amazon

Flunch expérimente un concept inédit avec la technologie d’Amazon

Un espace « food and tech » mise sur la rapidité sans sacrifier le service Flunch a lancé un nouveau concept baptisé Fa!m, intégrant la technologie « Just Walk Out » d’Amazon, encore inédite en France. Une première expérimentation est en cours avec l’ouverture d’un...

Le départ du Tour de France 2026 à Barcelone remis en question

Le départ du Tour de France 2026 à Barcelone remis en question

À la suite des manifestations qui ont perturbé la Vuelta, la présence de l’équipe Israel-Premier Tech suscite des tensions en Espagne. La ville de Barcelone, qui doit accueillir le départ du Tour de France 2026, demande des garanties aux organisateurs. Des tensions...

Alain Ducasse ouvre une chocolaterie dans le Vieux-Lille

Alain Ducasse ouvre une chocolaterie dans le Vieux-Lille

Un nouveau comptoir de la Manufacture de chocolat Alain Ducasse vient d’ouvrir ses portes rue Esquermoise, aux côtés des grandes maisons de la gastronomie lilloise. Une implantation stratégique au cœur du Vieux-Lille La rue Esquermoise confirme son statut d’artère...