Plusieurs centaines de salariés venus de toute la France ont manifesté leur opposition au plan social d’ArcelorMittal, dénonçant une stratégie industrielle jugée destructrice pour l’emploi et l’avenir de la sidérurgie française.


Une démonstration de force des métallurgistes inquiets pour leur avenir

Un épais brouillard de fumigènes, des pétards résonnant dans les rues de Saint-Denis et des slogans criés à pleins poumons : hier matin, environ 500 salariés d’ArcelorMittal ont manifesté leur colère devant le siège français du géant sidérurgique. Venus de sites industriels répartis sur tout le territoire – de Florange à Fos-sur-Mer, en passant par Grande-Synthe, Denain ou encore Basse-Indre – les manifestants ont dénoncé un plan social qu’ils jugent injustifié et potentiellement dramatique pour la filière acier en France.

Le rassemblement a coïncidé avec la tenue d’un Comité social et économique (CSE) central au sein de l’entreprise, durant lequel les grandes lignes du plan de suppressions de postes devaient être abordées. À Dunkerque, deux usines sont particulièrement touchées : Grande-Synthe et Mardyck, qui concentreraient à elles seules 302 suppressions sur les 636 envisagées. Une « saignée » que les syndicats entendent enrayer.


Des sites en péril et des salariés mobilisés

Sur les visages, la détermination se lisait clairement. « On est là pour sauver notre gagne-pain et défendre l’acier en France », confiait un salarié de Florange. D’autres pointaient du doigt une stratégie jugée incohérente, qui mettrait en péril des sites considérés comme essentiels au tissu industriel national. Gaëtan Lecocq, délégué central CGT, n’a pas mâché ses mots devant la foule rassemblée :

« Mittal, son projet, c’est de nous détruire. Là, il nous tire une balle dans le pied pour nous abattre plus tard… »

Damien, salarié depuis dix ans sur le site de Mardyck, dénonçait quant à lui une lente dégradation des conditions de travail :

« Mittal fait couler notre usine à petit feu. Tous les salariés le sentent : baisse des effectifs, outils vieillissants… On va rester sur le carreau. »

Selon lui, les annonces actuelles ne sont que la première étape d’un démantèlement plus large.


Le spectre de la décarbonation et le rôle de l’État

Au cœur de la contestation, un enjeu de taille : la transition écologique de la sidérurgie. Pour les représentants syndicaux, la réduction des effectifs compromettrait directement les projets de décarbonation industrielle. Gaëtan Lecocq en fait un point central de son argumentaire :

« Si on ne fait rien, il n’y aura pas de projet de décarbonation en France. »

Cette crainte est partagée par nombre de salariés, comme Mathieu, employé depuis quinze ans dans les hauts-fourneaux :

« La perspective d’un investissement vert s’éloigne. On nous promet une transition, mais on nous retire les moyens de la mettre en œuvre. »

Les représentants du personnel, reçus dans l’après-midi à l’Assemblée nationale, ont exposé leurs arguments à la commission d’enquête parlementaire sur les défaillances des pouvoirs publics face à la multiplication des plans de licenciements. Le président français d’ArcelorMittal devrait prochainement y être entendu, sous serment.


Une stratégie contestée jusque dans sa légitimité

Pour la CFDT de Florange, dont le site serait amputé de 113 postes sur 385, la bataille ne fait que commencer. Jean-Marc Vecrin, représentant syndical, affirme :

« Le but, c’est de retarder, voire d’annuler ce plan. Il n’est pas légitime. On a encore l’espoir de faire capoter cette mascarade. »

Une délégation syndicale, brièvement reçue par la direction lors du CSE, a rapidement mis fin à la rencontre, jugeant le dialogue inexistant. Selon les syndicalistes, les responsables présents n’étaient là que pour appliquer des décisions déjà prises :

« Un DRH, un ogre à sang-froid qui est là pour faire le sale boulot », résumait un représentant syndical, amer.


Une alternative nationale sur la table

Alors que les suppressions de postes semblent désormais inévitables, les syndicats avancent une proposition radicale : la nationalisation d’ArcelorMittal France. Selon une étude commandée par la CGT à deux économistes, une telle opération coûterait environ un milliard d’euros, contre 1,5 milliard pour indemniser les salariés via le chômage.

« On sait faire de l’acier, on a les compétences. Si Mittal ne veut pas de nous, il dégage. Que l’État prenne ses responsabilités », a déclaré Gaëtan Lecocq.

Il rappelle que le groupe emploie plus de 16 000 salariés en France, et génère près de 60 000 emplois indirects. L’impact d’un démantèlement serait donc bien plus large que le simple sort des salariés menacés aujourd’hui.


Une sidérurgie à la croisée des chemins

L’avenir d’ArcelorMittal en France s’inscrit dans un contexte industriel tendu. En janvier, le groupe avait déjà annoncé la fermeture partielle d’un site italien. En Allemagne, les syndicats s’inquiètent également de l’avenir des hauts-fourneaux. La sidérurgie européenne, confrontée à la pression environnementale, à la concurrence chinoise et à la hausse des coûts de l’énergie, doit aujourd’hui opérer une mue complexe, entre maintien de la production et décarbonation.

Mais pour les salariés français, la transition ne saurait justifier une casse sociale à grande échelle. À Saint-Denis, le ton est monté dans les discours. Le mot « nationalisation » est désormais ouvertement revendiqué. Et pour certains, l’affrontement pourrait aller plus loin :

« Si l’acier tombe, c’est l’ensemble de l’industrie qui va tomber. S’il faut que Dunkerque soit à feu et à sang, on le fera. »

Un avertissement sans détour, lancé à la direction d’ArcelorMittal comme au gouvernement.


Un bras de fer engagé

La suite du conflit dépendra autant des choix de la direction que des réponses politiques apportées. Alors que les mobilisations pourraient se poursuivre dans les prochaines semaines, les syndicats affûtent leurs arguments et préparent d’autres actions. En parallèle, le débat sur le rôle de l’État dans les secteurs stratégiques de l’industrie refait surface dans l’arène parlementaire.

L’histoire industrielle d’ArcelorMittal en France est loin d’être terminée. Mais pour les métallos, une certitude s’impose : ils ne comptent pas se laisser évincer sans résistance.

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