Des exploitants justifient leur décision par des « risques de troubles à l’ordre public », suscitant un vif débat sur la liberté de diffusion culturelle

Le documentaire « Averroès : au-delà des préjugés », qui retrace l’histoire du lycée privé musulman lillois, rencontre une résistance inattendue dans plusieurs cinémas français. Certaines salles ont annulé les projections, évoquant des raisons de sécurité. Le réalisateur dénonce une forme de censure déguisée.


Tensions autour d’un film jugé sensible

Réalisé par Hisham Salem, le documentaire Averroès : au-delà des préjugés devait être projeté dans une dizaine de cinémas dans toute la France. Long de 1h30, il propose une immersion dans le fonctionnement et les enjeux entourant le lycée Averroès, établissement privé sous contrat situé à Lille et souvent présenté comme un symbole de réussite scolaire dans un contexte confessionnel musulman.

Mais si certaines séances ont pu se dérouler sans incident, notamment à Roubaix ou à Paris, d’autres programmations ont été annulées à la dernière minute. C’est le cas du Megarama de Denain ou encore de trois cinémas du réseau CGR situés à Épinay-sur-Seine, Brignais et Tours.

Le réalisateur explique avoir découvert ces annulations avec stupeur.

« On ne comprenait pas pourquoi le film faisait autant de bruit. Dans un premier temps, on ignorait les causes de ces annulations. C’est seulement après une mise en demeure que le cinéma de Denain a indiqué que la projection pouvait causer des troubles à l’ordre public »,
— Hisham Salem, réalisateur


Une décision contestée devant la justice

Face à l’annulation de la projection au Megarama de Denain, l’équipe du film a saisi le tribunal de commerce de Valenciennes. Le juge des référés a estimé que le contrat conclu entre le cinéma et la société de production devait être respecté. La séance est donc maintenue pour le 25 avril à 19 h. Elle affiche complet, avec 278 billets écoulés via la billetterie en ligne.

Ce recours judiciaire met en lumière les tensions croissantes autour de la perception publique du lycée Averroès, déjà au cœur d’une controverse depuis la décision du préfet du Nord de rompre l’association avec l’État, en décembre 2023. Cette décision, toujours contestée, fait actuellement l’objet d’un recours devant le tribunal administratif de Lille.


Entre liberté d’expression et pressions politiques

Certains responsables politiques locaux n’ont pas caché leur satisfaction à l’annonce de ces annulations. Sébastien Chenu, député Rassemblement national du Nord, a salué ce qu’il qualifie de « décision responsable » :

« Le Megarama a entendu l’inquiétude légitime des Denaisiens et refusé de contribuer à la promotion d’un modèle contraire aux valeurs de notre pays »,
— Sébastien Chenu, député RN

Le réalisateur, de son côté, dénonce des pressions idéologiques et une entrave à la liberté d’expression artistique. Il affirme que son documentaire ne fait pas de prosélytisme, mais cherche à « donner la parole à ceux que l’on entend peu, dans un climat de plus en plus polarisé ».


Un contexte tendu autour du lycée Averroès

Fondé en 2003, le lycée Averroès s’est rapidement imposé comme un établissement performant, affichant des taux de réussite au baccalauréat proches des 100 %. Sous contrat avec l’État depuis 2008, il reçoit des financements publics, en échange du respect des programmes et des valeurs de la République.

C’est justement sur ce point que s’est cristallisée la polémique. En décembre 2023, la préfecture du Nord a annoncé la fin de l’association, évoquant des « manquements aux obligations légales » et des « soupçons d’influence étrangère ». L’établissement a contesté cette rupture devant le tribunal administratif, dont la décision est attendue prochainement.

Dans ce climat déjà tendu, la sortie d’un documentaire sur le sujet n’a pas manqué de susciter de nouvelles réactions, souvent tranchées, dans les milieux politiques comme culturels.


Des salles entre prudence et malaise

Si certains exploitants invoquent le risque de troubles à l’ordre public pour justifier l’annulation des projections, d’autres, sollicités mais préférant l’anonymat, évoquent une pression diffuse, faite de courriels, de coups de téléphone, ou de craintes liées à l’image de leur cinéma.

« Ce n’est pas qu’on est contre le film. Mais on doit aussi penser à la sécurité de nos employés et à la sérénité de notre programmation. Le climat est tellement inflammable que tout peut être interprété politiquement »,
— Directeur d’un cinéma CGR, sous couvert d’anonymat

La direction du réseau CGR n’a pas souhaité répondre aux sollicitations. De son côté, la Fédération nationale des cinémas français (FNCF) s’est abstenue de tout commentaire, considérant qu’il s’agit « d’une décision propre à chaque exploitant ».


Une diffusion désormais sous surveillance

Malgré les obstacles, le réalisateur affirme vouloir poursuivre la tournée du film, qui a déjà suscité de nombreux débats lors des projections qui ont pu avoir lieu. Des séances sont prévues dans d’autres villes, et certains distributeurs se disent prêts à accueillir le documentaire dans les semaines à venir.

Mais cette affaire interroge, plus largement, sur la capacité du monde culturel à traiter de sujets sensibles dans un climat de plus en plus tendu, où la moindre initiative peut se retrouver au cœur d’une polémique nationale.

Pour Hisham Salem, la situation révèle un paradoxe inquiétant :

« Ce film ne fait que donner à voir une réalité, sans filtre ni provocation. Ce n’est pas un film militant. Mais dès qu’on parle d’un sujet comme le lycée Averroès, tout devient inflammable. »

Alors que la projection à Denain aura bien lieu sous l’œil attentif des forces de l’ordre, d’autres cinémas pourraient reconsidérer leur position, à mesure que le film suscite l’intérêt du public et des médias. Mais les lignes de fracture semblent désormais bien installées, entre liberté artistique et prudence sécuritaire.

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