L’affaire remonte à 2013, mais c’est seulement ce printemps, plus de dix ans après les faits, que le tribunal correctionnel de Lille a rendu son verdict : l’association Course-croisière EDHEC a été reconnue coupable en tant que personne morale pour deux faits de bizutage ayant eu des conséquences dramatiques.

Des comportements jugés « contraires à la dignité des étudiants », des « agissements dégradants et humiliants », des « postures destinées à rabaisser »… La justice a retenu la responsabilité de l’association dans un système de violences symboliques et d’humiliations infligées aux nouveaux élèves, sous couvert d’« intégration ».


Une condamnation symbolique, mais un drame bien réel

Le ministère public avait requis 10 000 € d’amende, les juges ont réduit la sanction à 5 000 €. À cela s’ajoutent :

  • 5 000 € de dommages et intérêts à Benoît, la victime principale,
  • 1 000 € pour le Comité national contre le bizutage,
  • 1 € symbolique à l’école EDHEC, représentée comme partie civile.

Cette condamnation intervient plus d’une décennie après les faits, mais elle rappelle la responsabilité des structures associatives étudiantes dans la prévention des violences d’intégration.


Une soirée d’« intégration » qui vire au cauchemar

En octobre 2013, Benoît, 20 ans, étudiant de première année, est retrouvé à moitié inconscient, au petit matin, dans la cour d’une maison lilloise, lors d’une soirée d’intronisation organisée par l’association Course-croisière EDHEC.

Ce soir-là :

  • Les nouveaux étudiants avaient été forcés d’ingurgiter un cocktail alcoolisé (vodka, rhum, pastis, bière),
  • Puis placés au sol en caleçon, dans un jeu d’humiliation collective.

Benoît, en état d’ébriété extrême, perd connaissance. Il est laissé sans surveillance. Il semble avoir tenté de s’extirper par une fenêtre, chute, et se réveille à l’hôpital avec :

  • Trois vertèbres fracturées,
  • Un traumatisme crânien,
  • Une cheville gravement touchée,
  • Et surtout un handicap irréversible de 35 %.

Un car d’intégration digne d’un huis clos

Un mois avant ce drame, lors du voyage d’intégration vers Arles, Benoît et d’autres « bizuts » avaient déjà été soumis à des pratiques similaires :

  • Neuf heures de trajet en car sans parler, tête baissée,
  • Un seul gâteau BN et une bouteille d’eau pour 26 personnes,
  • Des punitions infligées à la moindre entorse à la règle.

« Une tradition basée sur la crainte de ne pas être intégré », avait résumé Benoît à la barre, dénonçant l’omerta et l’absence de remise en question pendant des années.


Une association sous pression, des responsables absents

Lors du procès du 5 mars dernier, les anciens présidents de l’époque n’étaient pas présents. À leur place, les dirigeants actuels de l’association ont pris la parole pour affirmer que ces pratiques n’ont plus cours aujourd’hui. Ils ont plaidé l’évolution des mentalités, les efforts de prévention, la rupture avec les dérives passées.

Mais la défense, qui plaidait la relaxe, n’a pas convaincu le tribunal.


Un jugement qui relance la question du bizutage en milieu étudiant

Si la condamnation financière reste modérée, le jugement est symboliquement fort : c’est l’association elle-même, en tant qu’organisation, qui est jugée responsable de l’instauration et de la tolérance de ces pratiques.

Ce verdict remet en lumière les dangers du bizutage, encore largement présents dans certaines écoles, sous une forme souvent banalisée voire ritualisée, mais porteur de risques majeurs pour la santé physique et mentale des étudiants.

Un rappel que l’« intégration » ne peut se faire au prix de la dignité, ni de la sécurité.

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