Affiches aux fenêtres, pétitions, création d’un collectif… À Hem, les habitants de la rue Jules-Guesde haussent le ton. Depuis l’annonce du futur passage du tramway devant leurs maisons, la contestation enfle. Ils pointent un tracé inadapté, dénoncent des nuisances à venir et redoutent un impact durable sur leur qualité de vie et la valeur de leurs biens.
Un collectif citoyen structuré contre un tracé jugé « incohérent »
Fanny et Thibault, jeunes habitants du quartier, ont été parmi les premiers à réagir. Après avoir assisté aux réunions de concertation organisées par la mairie, ils constatent rapidement que le mécontentement est largement partagé.
« On a rencontré beaucoup de riverains en colère. On ne veut pas subir, on veut être entendus », explique Fanny.
Avec son conjoint, elle crée un collectif de riverains, qui regroupe désormais une quarantaine de membres, tous mobilisés pour contester le projet tel qu’il est prévu aujourd’hui.
Leur principale inquiétude : l’étroitesse de la rue Jules-Guesde, dont la largeur varie entre 14,3 mètres et 12 mètres par endroits.
« Cette rue n’est pas faite pour accueillir un tramway. En cas d’urgence, comment passeront les secours ? La ville veut forcer le passage, sans tenir compte de la réalité du terrain », s’indigne Thibault.
Des riverains favorables au tramway… mais pas à n’importe quel prix
Les membres du collectif insistent : ils ne sont pas contre le tramway en soi, ni contre le développement des mobilités douces. Mais ils estiment que le tracé retenu est incohérent, et qu’il aurait été préférable de positionner un arrêt au niveau de Blanchisserie, plutôt qu’un terminus à Franchomme, au cœur d’un quartier résidentiel.
« Ce n’est pas adapté. Hem est bien desservie par le bus, et les habitants se dirigent plutôt vers Lille et Villeneuve-d’Ascq. Pas vers Wattrelos ou Roubaix », plaide Fanny.
“Le tram passera à 1,60 mètre de notre mur”
Rose-Marie, 74 ans, habite la rue Jules-Guesde depuis 45 ans. Avec son mari, elle vit au plus près de la future voie du tramway.
« Le tram passera à 1,60 mètre de notre façade. Dans notre salon, dans notre chambre… on ne pourra pas y échapper », dit-elle, dossier technique à la main.
Elle a calculé : deux tramways de 32 mètres de long, toutes les six minutes, entre 6 h et minuit. Soit plus de 300 passages par jour.
« On ne dort déjà plus rien qu’à y penser. Le bruit, les vibrations… C’est toute notre vie qui va changer. »
Inquiétudes sur les commerces, le stationnement, et la valeur des maisons
Au-delà des nuisances sonores et visuelles, les riverains craignent une transformation brutale du quartier, avec des suppressions de places de stationnement, une circulation perturbée, et un coup dur pour les petits commerces de proximité.
« Le maire dit que le tram va ramener du monde au centre-ville. Mais qui ? Pour quoi faire ? Il n’y a même pas de continuité vers Lille ou Villeneuve-d’Ascq. Ce n’est pas logique. », martèle Rose-Marie.
Surtout, la question de la valeur immobilière revient dans toutes les discussions.
« J’ai travaillé toute ma vie pour laisser un bien à mes enfants. Si ma maison perd de la valeur, qui va réparer ça ? », poursuit-elle.
Une mobilisation qui s’organise et s’intensifie
Déterminé à faire entendre sa voix, le collectif multiplie les actions :
- Porte-à-porte pour élargir le mouvement
- Consultation d’un avocat spécialisé
- Affiches et banderoles visibles dans toute la rue
« On n’est pas dans la logique du “pas dans mon jardin”, précise Thibault. On est dans une logique de bon sens, de respect du cadre de vie et de recherche de solutions cohérentes. »
Un projet métropolitain qui divise
Le tramway est un projet porté par la Métropole européenne de Lille (MEL) dans le cadre d’une stratégie de développement des transports en commun à l’échelle du territoire. Mais le choix des tracés soulève localement de fortes résistances, comme en témoigne ce cas à Hem.
Les autorités locales n’ont pas encore officiellement réagi à la mobilisation du collectif. En attendant, les riverains promettent de ne rien lâcher, déterminés à peser dans les discussions et faire modifier un tracé qu’ils jugent déconnecté de la réalité du terrain.










