Depuis plusieurs jours, des sites internet relaient de prétendues annonces de fermetures massives dans le réseau Decathlon. L’enseigne dément catégoriquement. Derrière ces publications, un réseau de sites douteux semble vouloir exploiter la viralité de fausses nouvelles à des fins publicitaires.


Des fermetures de magasins imaginaires

« Decathlon ferme 25 magasins en mai », « 400 salariés concernés » : ces titres alarmants sont apparus sur des sites peu connus, mais bien référencés sur Google Actualités, notamment Dananews, Mididélices, Dabba-consigne ou encore La Plasturgie. Tous avancent la même histoire : l’enseigne nordiste réduirait drastiquement son réseau de distribution.

En réalité, il n’en est rien. Interrogée, l’entreprise assure n’avoir prévu aucune fermeture de cette ampleur sur le territoire. « Nous démentons formellement ces informations et avons entamé les démarches pour les faire retirer », indique Decathlon dans une réponse écrite.

« Ces annonces sont totalement infondées. Aucune fermeture massive n’est prévue. Nous restons mobilisés pour garantir une information fiable à nos clients. »


Des sites aux origines troubles

Les auteurs de ces publications restent anonymes. Toutefois, l’analyse des noms de domaine des sites évoqués mène à une entreprise bien réelle : JRWeb, une société d’enregistrement de noms de domaine basée dans les Yvelines. Elle est également à l’origine de la plateforme webexpire.fr, qui propose à la vente des noms de domaines expirés.

Trois des quatre sites incriminés – danahair.fr, dabba-consigne.fr et mididelices.fr – ont été enregistrés via cette structure. Contactée, JRWeb précise : « Nous ne sommes pas responsables des contenus publiés. Nous n’éditons aucun site et ne diffusons aucune fausse information. »

Elle affirme simplement revendre des noms de domaines à ses clients, sans pouvoir – ni vouloir – divulguer leur identité. L’entreprise oriente vers l’AFNIC, l’organisme chargé de la régulation des noms en .fr, pour toute demande de contact. À ce jour, aucune réponse n’a été obtenue via ce canal.


Une stratégie de désinformation automatisée ?

Ce n’est pas la première fois que ces sites apparaissent dans le radar des enquêteurs. En mars dernier, La Plasturgie figurait dans un reportage de France 2 consacré aux sites créés ou alimentés par intelligence artificielle. Objectif supposé : produire en masse du contenu à faible coût pour générer du trafic, et donc des revenus publicitaires.

L’écosystème ainsi décrit repose sur une logique de volume : publier de très nombreux articles, souvent traduits automatiquement ou inspirés de contenus existants, pour être indexés sur les moteurs de recherche. Le système repose sur la capacité à apparaître dans les premiers résultats lors de requêtes populaires ou d’actualité.

« Ce modèle économique ne repose pas sur l’information, mais sur l’attention. L’important est que l’utilisateur clique, même s’il ne reste que quelques secondes », explique un expert en SEO interrogé sous couvert d’anonymat.


Google sous pression

Face à la prolifération de ces pratiques, Google se défend de laisser faire. Le groupe affirme que 99 % des résultats de recherche sont exempts de spam, et qu’un travail constant est mené pour identifier et déréférencer les contenus mensongers.

Néanmoins, dans les faits, les articles annonçant les prétendues fermetures de Decathlon sont toujours visibles, parfois bien placés dans les résultats de recherche. Leur diffusion se fait rapidement, souvent sans vérification préalable, dans un contexte où les algorithmes privilégient l’actualité chaude.


La désinformation locale comme nouvelle cible

Fait notable : les articles sur les « fermetures » évoquent des magasins précis, comme celui d’Arras. Une certaine « Martine », ancienne employée, est même citée par La Plasturgie : « Ça va laisser un grand vide dans le quartier. » Un témoignage vraisemblablement inventé, aucun magasin Decathlon d’Arras n’étant concerné.

Ce recours à des localisations réelles donne du crédit à l’information auprès d’un lectorat local. Pour les experts, c’est un tournant :

« La désinformation ne vise plus seulement les grands récits politiques ou sanitaires. Elle s’enracine dans le quotidien, en ciblant les habitudes de consommation ou les marques populaires. »


Un phénomène en expansion

Selon un rapport de l’agence Newsguard, le nombre de sites dits de « content farms » générés automatiquement a explosé depuis 2023. Alimentés par des modèles d’intelligence artificielle, ils peuvent produire plusieurs centaines d’articles par jour, avec une apparence crédible et une charte graphique inspirée des médias traditionnels.

Le phénomène inquiète les professionnels de l’information. Plusieurs syndicats de journalistes ont interpellé les pouvoirs publics pour réclamer un renforcement des obligations de transparence sur les éditeurs de sites web. Pour l’heure, aucune régulation spécifique n’encadre la publication automatisée d’articles.


Vers une régulation plus stricte ?

Au niveau européen, le Digital Services Act (DSA), entré en vigueur en 2024, vise à renforcer la lutte contre les contenus illicites et la désinformation. Il impose notamment aux grandes plateformes de mieux identifier les informations trompeuses et de signaler les comportements suspects.

Mais pour les acteurs comme Decathlon, le mal est fait : l’image de marque peut être ébranlée par une simple rumeur virale. Dans ce contexte, la communication de crise devient essentielle, tout comme la vigilance des lecteurs.


Conclusion : la vigilance comme rempart

Si les articles annonçant la fermeture de magasins Decathlon sont sans fondement, leur existence révèle un écosystème numérique en mutation. Derrière l’anonymat de noms de domaine revendus, des acteurs exploitent les failles des moteurs de recherche pour capter l’attention et générer du profit.

Le cas Decathlon n’est sans doute que l’un des premiers d’une série à venir. Dans un environnement informationnel saturé, la vérification reste plus que jamais un réflexe indispensable.

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