À l’abri des regards, les pensions de famille se multiplient lentement dans la métropole lilloise. Une trentaine d’établissements y accueillent des personnes en situation de grande précarité. Ces lieux de vie durable permettent à leurs résidents de sortir de la rue, de reconstruire leur autonomie et de tisser de nouveaux liens sociaux. Malgré leur utilité démontrée, ces dispositifs souffrent encore d’un manque de notoriété et de moyens humains.


Un dispositif à mi-chemin entre logement et accompagnement

La pension de famille n’est ni un centre d’hébergement d’urgence ni un logement classique. Elle se situe entre les deux. Ce modèle repose sur un principe simple : proposer un cadre stable, non contraignant, à des personnes en situation de rupture sociale ou psychologique, souvent sans-abri ou isolées.

Implantée dans le quartier des Bois-Blancs, à Lille, l’une de ces structures accueille vingt personnes dans de petits logements indépendants. Les résidents y disposent d’un studio personnel, assorti d’espaces collectifs comme une salle commune, une buanderie ou un jardin partagé. Ici, la cohabitation se veut bienveillante, libre mais encadrée.

« Ce sont des personnes assez abîmées qui vivent ici, il faut prendre son temps »,
| Xavier Gruson, travailleur social à l’ALEFPA

Chaque structure est animée par une petite équipe de professionnels, avec un rôle de présence, de soutien, sans empiéter sur l’intimité des résidents. Contrairement à d’autres dispositifs plus encadrés, aucune obligation de participation n’est imposée. La stabilité prime sur la contrainte.


Des parcours cabossés, un besoin de répit

Les profils accueillis en pension de famille racontent souvent des histoires marquées par la rupture. Perte d’un emploi, séparation, décès, addictions, isolement… autant de blessures de vie qui ont précipité la chute. La majorité des résidents sont des hommes, seuls, âgés de 40 à 60 ans.

Gianni, 47 ans, est l’un des derniers arrivés à la pension des Bois-Blancs. Il évoque un parcours difficile, marqué par des nuits dans le métro lillois.

« Et puis j’ai eu la chance d’être intégré ici. Savoir où on dort, où on rentre, ça fait du bien. On peut se poser, déjà. »
| Gianni, résident

D’autres, comme Jean-Marc, sont présents depuis plusieurs années. Divorcé, il a trouvé dans la pension un lieu où reprendre pied après une période d’errance.

« Quand on a des soucis, on sait qu’il y a quelqu’un pour nous, c’est comme une famille. On se respecte, on est tous ensemble. »
| Jean-Marc, résident depuis 2013

Le turn-over y est très faible. Les personnes s’y installent souvent pour plusieurs années, voire durablement. Un indicateur, selon les équipes encadrantes, de la qualité du cadre de vie proposé.


Un dispositif soutenu mais sous-doté

Le modèle économique repose sur une subvention de l’État de 19,50 euros par jour et par résident. Le reste du financement provient en grande partie des loyers acquittés par les habitants, calculés selon leurs ressources. Ainsi, un résident au RSA paiera environ 100 euros de loyer, le reste étant couvert par l’APL.

« On doit faire avec très peu de moyens. Si on pouvait avoir plus de personnel, ce serait plus efficace »,
| Aurélie Grimmelpont, cheffe de service – inclusion sociale Lille Métropole

Le manque de moyens humains pèse sur le bon fonctionnement des pensions, qui ne peuvent pas toujours répondre aux besoins croissants. À Lille, une liste d’attente de plus de vingt personnes illustre cette tension.

Le gouvernement entend renforcer ce maillon de la politique du logement avec le second plan « Logement d’abord », qui prévoit la création de 10 000 nouvelles places d’ici 2027. À ce jour, la métropole lilloise compte environ 600 logements répartis dans une trentaine de pensions de famille.


Une semaine pour se faire connaître

Jusqu’au 25 mai, la 5e semaine nationale des pensions de famille vise à faire connaître ces lieux encore trop souvent ignorés, y compris des élus locaux. Selon un rapport du ministère de la Transformation et de la Fonction publique publié en avril 2023, 52 % des maires interrogés n’avaient jamais entendu parler de ce dispositif.

À Lille, les initiatives se multiplient. À la pension des Bois-Blancs, une fête est organisée pour ouvrir la structure au voisinage. Objectif : briser les préjugés, encourager les échanges.

« Les gens n’étaient pas forcément contents qu’on soit là au début. Alors on a organisé une fête des Voisins. Ils se sont aperçus qu’on n’était pas des mauvaises personnes. »
| François, résident

Ce mardi, les habitants de la pension proposeront des ateliers jardinage, des jeux flamands et des plats faits maison pour accueillir les riverains dans une ambiance conviviale.


Des portes ouvertes dans toute la métropole

D’autres structures participent à cette semaine de sensibilisation. À Roubaix, l’Accueil fraternel roubaisien organise un brunch ce mardi. À Faches-Thumesnil, la Maison de famille de Magdala propose une journée portes ouvertes mercredi. Jeudi, ce sera au tour de la Maison relais de Roubaix. Une manière pour les acteurs de terrain de faire découvrir leur mission, mais aussi de nouer des partenariats et de renforcer leur ancrage local.

Malgré des moyens limités, les pensions de famille incarnent une réponse pragmatique, humaine et durable à l’exclusion sociale. Pour beaucoup de résidents, elles sont bien plus qu’un toit : elles sont un nouveau départ.

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